Sud Ouest: La drôle de cuisine du Canard enchaîné

Publié le par lecanardapoil

Une chronique de Dominique Richard, en ligne sur Sud Ouest, le 28 décembre. Quand deux journalistes d'investigation décortiquent les scoops, les flops et les petits arrangements du journal satirique.

Pas de publicité, 500 000 exemplaires vendus chaque semaine, une entreprise gérée par ses journalistes. Au sein de la presse écrite française, « Le Canard enchaîné », vigie de la liberté d'expression, reste une exception réjouissante à maints égards. Son insolente santé financière (90 millions d'euros de réserve) est le fruit d'une réputation d'indépendance forgée au fil de révélations marquantes. L'hebdomadaire aligne les scoops comme d'autres les trophées. La vitrine est clinquante, les cuisines beaucoup moins.

Karl Laske et Laurent Valdiguié, deux journalistes d'investigation, revisitent dans « Le Vrai Canard » les enquêtes menées depuis plusieurs décennies par le journal satirique. Il y a souvent de quoi détrôner l'impertinent volatile de son socle. Certes, l'information qui fait sensation ne se recueille pas forcément avec des gants blancs. Il faut savoir sonder les marigots et marauder. Nul ne peut reprocher au « Canard » de s'aventurer sur des terrains mouvants. Mais à condition de ne pas perdre pied.

« Nombreuses connivences »

Dans l'affaire des diamants reçus par Valéry Giscard d'Estaing, le palmipède a chargé la barque présidentielle de pierres précieuses sur la foi de fausses preuves fabriquées par des gaullistes. Intoxiqué par une gorge profonde bien mal embouchée, « Le Canard » a aussi laissé entendre que Jean-Claude Gaudin et François Léotard n'étaient pas étrangers à l'assassinat de la députée Yann Piat.

Les digressions relatives au prétendu compte japonais de Chirac ou le rapport secret sur l'embuscade meurtrière en Afghanistan ne semblent pas être d'un meilleur tonneau.

« Le Canard enchaîné » a contribué à la victoire de la gauche en 1981 en dévoilant, entre les deux tours de la présidentielle, le passé de Maurice Papon, alors ministre de Giscard. Mais, par la suite, il fichera une paix royale à René Bousquet, l'ami de François Mitterrand qui avait organisé les rafles du Vel'd'Hiv. Les embarras de Roland Dumas, les écoutes sauvages de l'Élysée, l'enfant caché Mazarine ne l'intéresseront pas davantage. Sa proximité avec le pouvoir socialiste lui fera rater le lièvre levé par l'un de ses journalistes : le naufrage du « Rainbow Warrior » coulé par les services secrets français.

Complaisant pour le mitterrandisme mais sans pitié avec le chiraquisme, l'hebdomaire entretient une relation ambiguë avec la galaxie sarkozyste. L'une des plumes du « Canard » n'a-t-elle pas accepté de déjeuner avec Carla Bruni ? « Il y a eu t rop de connivences, trop de dérives, trop de silences assourdissants. Le journal traverse une véritable crise de l'information », accusent Karl Laske et Laurent Valdiguié. Leurs lecteurs n'iront peut être pas aussi loin. Mais à coup sûr, ils retiendront qu'il ne faut pas croire tout ce qui est écrit dans « Le Canard enchaîné ».

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