Libre Belgique : Un "Canard" pas si indépendant

Publié le par lecanardapoil

 Une critique du Vrai Canard par Gérald  Papy, à lire en ligne sur le site de la Libre Belgique. "Un ouvrage au vitriol contre l'hebdomadaire satirique. L'équipe est accusée de complaisance, fondée, avec François Mitterrand, peu étayée, avec Nicolas Sarkozy. 
C'est un pavé dans la mare du célèbre hebdomadaire satirique français que le journaliste à "Libération" Karl Laske et son confrère de "Paris-Match" Laurent Valdiguié lancent en publiant "Le vrai Canard", ouvrage à charge qui arrive, malgré le plaisir de lecture qu'il continuera sans doute à procurer, à ébranler la confiance que l'on peut placer dans ce journal unique, à la santé financière époustouflante malgré l'absence de recours à la publicité depuis sa création.

Le réquisitoire, il est vrai, est dur. Est-il solide ? L'hebdomadaire qui se fait fort de dénoncer toutes les dérives de tous les pouvoirs est, au plan rédactionnel, attaqué sur deux points. On n'a pas été convaincu par les accusations de copinage que "Le Canard" d'aujourd'hui entretiendrait avec le pouvoir de Nicolas Sarkozy. Selon les auteurs du livre, des membres de l'entourage rapproché du Président français, au premier rang desquels figurerait le fidèle de la Sarkozie, Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration, alimenteraient à foison les échos de la page 2 très prisée de l'hebdo, sur les coulisses du pouvoir, au point quasiment de la phagocyter à l'avantage de Nicolas et de Carla. Directeur et journalistes du "Canard" ont répliqué en expliquant légitimement que des contacts avec des personnalités politiques, de tous bords, constituaient une source d'information parmi d'autres, une pratique auquel tout journaliste se plie sans pour autant être accusé de complaisance.

Et qu'un journaliste de l'hebdo, Alain Guédé, soit, par ailleurs, à ses heures perdues, président d'une association, "Le Concert de Monsieur Saint-George", qui a été sollicitée par l'Elysée pour participer à une commémoration de l'abolition de l'esclavage, n'apparaît pas davantage comme une preuve rédhibitoire de dépendance.

Affinités personnelles

L'histoire, qui sait ?, dira si les auteurs du "Vrai Canard" ont flairé une collusion malsaine qui se confirmera dans la durée. En revanche, la deuxième salve d'accusations est bien plus étayée et convaincante. Elle touche au rapport que le journal a entretenu avec François Mitterrand et sa cour. Karl Laske et Laurent Valdiguié égrènent, éléments probants à l'appui, une série de dossiers dans lesquels "Le Canard enchaîné" n'a pas été à la hauteur de la vocation d'empêcheur de magouiller en secret qui a fait sa réputation. Sur l'"affaire des Irlandais de Vincennes", sur les amitiés douteuses de François Mitterrand avec des collaborateurs de l'occupant allemand pendant la Seconde Guerre, sur les écoutes téléphoniques de la cellule de l'Elysée aussi bien que sur l'emblématique dossier du sabordage du bateau de Greenpeace en Nouvelle-Zélande (lire ci-dessous), les auteurs démontrent que le "Canard s'est enchaîné" à un pouvoir, inédit, qui était proche politiquement de nombre de journalistes et qui était, qui plus est, personnifié par un homme, François Mitterrand, qui avait partagé des années de détention au stalag IX A avec Robert Gaillard, père de l'actuel directeur de l'hebdo, Michel Gaillard.

Faux rapport

S'ajoute à cette charge de l'époque mitterrandienne, un défaut, au moins, de vérification journalistique à propos d'un document accusateur sur l'état-major de l'armée française autour de l'embuscade dont furent victimes des soldats français en Afghanistan en 2008. Tout cela conjugué jette tout de même une solide ombre sur l'indépendance et la crédibilité d'un journal attendu et craint, dans certains cercles de la classe politique, tous les mercredis.

Une ombre que le directeur Michel Gaillard ne parvient pas à dissiper quand il dément les allégations des auteurs du livre, sans répondre en détail sur plusieurs accusations portées, et rappelle qu'ils ont brigué jadis, en vain, un poste au "Canard". "

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