Document : des dessins de Moisan en 1943

Publié le par lecanardapoil


C'est un épisode occulté par le Canard (et tout récemment dans La V ème république en 2000 dessins, publié aux Arènes): Moisan, futur dessinateur vedette du Canard, fameux auteur des fresques de dernière page, La Cour puis La Régence dans les années 60-70, publiait en 1943, ses dessins à la une de l'Oeuvre, le journal de Marcel Déat, fondateur du Rassemblement national populaire (RNP).
























Michel Gaillard, l'actuel directeur du Canard, a estimé, début décembre, que ce rappel historique concernant Moisan et l'important chroniqueur Morvan Lebesque - collaborateur du pro-nazi Petit Parisien ainsi qu'à Je suis partout -, manquait "d'élégance". Il s'est offusqué aussi que le parcours de son père, l'écrivain Robert Gaillard - futur pigiste au Canard- dans les journaux de la collaboration soit examiné. En 1944, Robert Gaillard avait en outre bénéficié d'une attestation de François Mitterrand, dans la procédure d'épuration engagée contre lui.

Si le Canard a effectivement cessé de paraître, en juin 1940, ses journalistes s'engagent, en majorité, dans la presse favorable à l'occupant: Henri Jeanson, Georges de la Fouchardière, Jules Rivet, André Guérin, Auguste Nardy... Seul Pierre Bénard, ancien rédacteur en chef d'avant guerre, fait exception en s'engageant dans la résistance. Ces éléments sont régulièrement passés sous silence par la direction du Canard, y compris dans les deux films documentaires consacrés au journal satirique.

Dans "Chacun porte sa croix gommée", publié dans la Lettre à Lulu, "irrégulomadaire" satirique de Nantes, Théodore Botrytis, s'est penché sur les ambiguïtés de Morvan Lebesque avec son passé pro-nazi:

" L'ancien journaliste du Canard Enchaîné est enterré à Nantes où il est né, au cimetière Miséricorde, enfoui avec son passé. Un passé qui passe mal si on gratte un peu. En 1929, Maurice Lebesque a 18 ans. Il est responsable pour le pays nantais du PAB, le Parti autonomiste breton des Breiz Atao. En 1931, il scissionne avec un certain Théophile Jeusset, et fonde le mouvement et la revue Breiz da zont, macérant dans un national-socialisme très tendance. En décembre 1931, Jeusset lance l'éphémère Parti nationaliste intégral, aux thèses clonées de celles du parti nazi. Morvan Lebesque, promu délégué général à la propagande, envoie un message au congrès constitutif : " Je fais le serment, de lutter de toutes mes forces pour l'établissement de la Nation bretonne et de l'Etat breton social-nationaliste ", lu sous une image de Juif figuré en épervier tenant le globe dans ses serres, cloué et surmonté de la croix gammée. En août 1940, il est rédacteur en chef de L'Heure Bretonne, le journal antisémite et collabo du PNB, le Parti national breton tenu par le redoutable Olier Mordrel, un des principaux leaders du mouvement breton version fasciste. Lebesque ne reste pas longtemps. " Il se défendra toujours de cette courte période à "L'Heure Bretonne" en arguant de sa naïveté et en assurant qu'il est parti dès qu'il s'est aperçu des velléités pro-allemandes du journal. La vérité est sans doute plus complexe. Remonté sur Paris en septembre 1940, il collabore régulièrement jusqu'en 1943 à "Je suis partout", le journal fasciste de Brasillach ", explique Yann Férec, auteur d'un mémoire de maîtrise sur Morvan Lebesque. Et il n'y est pas employé comme enfant de chœur, mais comme journaliste. Il a la trentaine. Pour des erreurs de jeunesse, on repassera. Il écrit aussi dans “ Le Petit Parisien ” tout aussi collabo, qui publie du 6 au 11 octobre 1941 de larges extraits de sa biographie d' " Un héros de la liberté, le Président Krüger ", père fondateur de la future Afrique du Sud, héros de la guerre de Boers béni par les Allemands pour sa résistance aux britanniques.

" Ils ignorent, les "fans" de Morvan - ignorance fort bien entretenue d'ailleurs - qu'il fut le second de Mordrel en 1940 et qu'il "collabora" lui aussi avec "les nazis", comme ils disent (...) Sans doute ébloui, lui aussi, par la victoire foudroyante d'Hitler sur la France, s'était-il laissé aller à "d'aberrantes compromissions" avec le national-socialisme et parce qu'il pensait à l'époque, ce que nous n'avons cessé d'affirmer, qu'un Etat Breton valait bien quelques concessions au vainqueur ", ironise Gilles Eskob, un autre dur, membre du Bezenn Perrot, la milice paramilitaire du PNB, qui a porté l’uniforme SS jusqu’à fuir en Allemagne en juillet 44.

Dans son essai de 1970, Morvan Lebesque se défend de vouloir “ excuser l’inexcusable ”, mais affirme que les militants de Breiz Atao ont eu “ l’esprit libertaire qui conduit tant de Bretons dans les maquis ”, sans dire pourquoi lui-même, faute de trouver l’adresse de la Résistance, a poussé la porte de journaux collabos. Beaucoup de ces militants bretons ont été “ antinazis ”, insiste Lebesque qui ne s’apesantit pas sur son propre parcours un peu sale. Juste un gros mensonge en disant s’être découvert “ le cœur à gauche ” dès ses 14 ans. Il préfère se demander s’il est breton de "pure race", tout en grognant que ce serait l'insulter que de le croire raciste. S’interroger sur la pureté de sa race, "c'est une question raciste" note Françoise Morvan auteure à l’automne dernier de “ Le Monde comme si. Nationalisme et dérive identitaire en Bretagne ”.  Elle y dévoile les mensonges et des omissions volontaires de Morvan Lebesque dans sa présentation de “ Comment peut-on être breton ? ” et souligne sa participation en 1966 à la revue “ Ar Vro ” sous le pseudonyme de “ Yann Lozac’h ”, aux côtés de Mordrel et d’autres anciens de Breiz Atao et de Stur, la plus raciste, la plus fanatique des publications nationalistes. “ Ce qui m’a aussi perturbé, c’est que pendant la Guerre d’Algérie, Lebesque tienne la rubrique cinéma dans “ Carrefour ”,  très marqué pour son soutien à l’OAS ” note l’historien Jean Guiffan."


 


 

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