Stratégies: Le canard enchaîné est-il intouchable?

Publié le par lecanardapoil

Jean Marc Roberts, gérant et directeur éditorial des éditions Stock et Jean Marc Lech, coprésident du groupe Ipsos, ont répondu aux questions de Stratégies.
 

Jean-Marc Roberts: "Le Canard Enchaîné je l'achète depuis 40 ans et comme tous ses lecteurs j'y suis attaché.  Mais le Canard est un fantasme, une institution qui méritait un vrai livre d'enquête qui ne soit ni un brulot, ni un pamphlet. Nous sommes dans une démocratie adulte. On doit pouvoir soulever toutes les questions. Il n'y a pas de sujet tabou. Par principe, on est contre toute censure comme on est contre la peine de mort, cela ne suppose pas d'exception. Le Canard voit dans le livre de Laske et Valdiguié un complot de Lagardère aux motifs que les éditions Stock lui appartiennent. Je rappelle que Stock a édité en mars 2008 le livre de Sébastien Lapaque, critique au Figaro Littéraire, intitulé « Il faut qu'il parte » un pamphlet contre le sarkozysme... dont Le Canard Enchaîne n'a pas dit un mot."


 

Jean-Marc Lech. "Aujourd'hui pour le public, aucune information n'est sûre. Les médias, tout comme les marques, les entreprises ou la politique souffrent d'une crise de résultats et donc d'autorité. Ils font l'objet d'une sorte de mise en examen implicite de leurs clients. Le Canard Enchaîné n'a pas de raison d'y échapper. Il faut qu'il accepte que son autorité soit mise en cause. C'est même le propre de l'exercice de la démocratie d'opinion que de pouvoir contester toutes les formes d'autorité. En revanche, la réaction virulente du Canard, par la voix de son directeur Michel Gaillard, est plus difficile à lire : c'est une réaction plus dramatisée et confuse que le bouquin le méritait. On aurait pu attendre davantage d'ironie désinvolte de sa part. Car si certaines attaques (les pigistes Hortefeux, Charon ou Probst) sont graves et directes, le livre apparaît moins abouti que le Péan/Cohen « La face cachée du Monde » dans l'administration des preuves. Pour le Canard et Michel Gaillard, on touche à l'honneur du journal sur le plan journalistique et à l'honneur d'un homme (les auteurs évoquent le passé du père de Michel Gaillard accusé de collaborationnisme mais blanchi par la justice et soutenu par François Mitterrand à la Libération). L'encadré « aigris et chuchotements » qui n'est pas signé et laisse entendre que les auteurs du livre, candidats à l'embauche éconduits par le Canard, se sont vengés, est malsain. Quant au soit-disant complot Lagardère, propriétaire des éditions Stock, c'est un argument plutôt marxo stalinien, non ? On peut se demander aussi, pourquoi, Fréderic Pagès, l'auteur du journal de Carla B mis en cause ne répond pas lui-même. Enfin, que le Canard étrille régulièrement Hortefeux dans ses colonnes n'empêche pas qu'il soit une gorge profonde.

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