Vive le feu: (Encore) Une leçon de bon journalisme (du professeur Val(taire))

Publié le par lecanardapoil

Blog Vive le Feu par Sebastien Fontenelle (Bakchich).

Dans Charlie Hebdo, ce matin, le directeur de la publication et de la rédaction, Philippe Val(taire), narre qu’il a "entendu à la radio les auteurs de Le Vrai Canard ".

Je ne sais pas ce que vaut ce bouquin : je t’en parlerai (ou pas) quand je l’aurai lu.

Val(taire), quant à lui, juge que "les accusations portées contre" Le Canard enchaîné par ces "auteurs" (qui d’après lui reprochent à l’hebdo à plumes ses rencontres avec "des hommes politiques") sont "proprement stupéfiantes", parce que bon : "Comment faire un journal politique sans contact avec le monde politique ?"

(Mâme Dupont ?)

Renseignements pris : nulle part "les auteurs de Le Vrai Canard ", eux-mêmes journalistes, ne réclament qu’on fasse "un journal politique sans contact avec le monde politique".

(Dans la vraie vie, comme tu sais : la presse dominante va au "contact avec le monde politique" à la seule fin de récolter jour après jour (auprès de pipelettes UMP"S") de ridicules "petites phrases" - dont l’effet principal est justement de purger "le monde politique" (et l’opinion) d’éventuelles inclinations véritablement politiques.

Concrètement, ça fait quinze jours que cette presse nous rompt les parties génitales, "minute par minute", avec "la guerre des chefs au PS" - en essayant de se persuader que cette pantalonnade grotesque "passionne les Français" : quinze jours aussi que tu cherches en vain, dans ton "journal politique", le moindre mot sur le contenu précis des programmes des "socialistes".

Et quand Charlie Hebdo prend "contact avec le monde politique", ça donne par exemple, ce matin, cette finissime analyse : "Que va faire Ségolène Royal ? (…) "Elle attend juste qu’on se prenne une branlée aux européennes, ce qui ne va pas manquer d’arriver, et après, c’est parti pour la guerre de tranchées", pronostique un bon connaisseur du PS".

Dans la vraie vie, par conséquent : il est non seulement très possible, mais il serait même très urgent que naissent des journaux sans "contact avec le monde" aliénant de la "politique" politicienne.

Mais comme je te disais : nulle part "les auteurs de Le Vrai Canard " ne font cette préconisation.)

Val(taire) divague : il fabrique un merveilleux monde imaginaire où il fait dire aux deux "auteurs de Le Vrai Canard " des choses qu’ils n’ont jamais dites.

Et par une heureuse coïncidence, la divagation de Val(taire) le ramène assez vite à l’un de ses thèmes de prédilection : le haro sur le Net - qui est comme tu sais l’endroit où d’impudents faquins osent encore n’être pas du même avis que Val(taire), à l’heure où Denis Olivennes le salue en nouveau Tocqueville.

(Ne ris pas, s’il te plaît : je n’aime pas qu’on se moque d’un nouveau philosophe.)

Après avoir inventé que "les auteurs de Le Vrai Canard "ne veulent pas d’un "journal politique" qui serait en "contact avec le monde politique", Val(taire) en tire, par l’un de ces cheminements de la pensée qui font que Roger Karoutchi le tient pour un natural born débatteur, la (seule) conclusion (possible) : "On voudrait que les journalistes soient des blogueurs qui ne sortent jamais de chez eux, et qui pourraient garder ainsi les mains toujours blanches".

Foutre, c’est de pire en pire : voilà que maintenant "les auteurs de Le Vrai Canard " veulent transformer tous les "journalistes" en "blogueurs".

Où ces "auteurs" ont-ils formulé cette extravagante revendication ?

Nulle part, évidemment : Val(taire) continue d’inventer.

(Le gars ferait à mon avis un excellent romanquêteur.)

Ça lui permet de souligner que (dans sa réalité à lui) ces pauvres cons de blogueurs "ne sortent jamais de chez eux", tandis que "les bons journalistes sont ceux qui mettent les mains dans le cambouis".

(Et qui, par exemple, arrivent (au terme d’une longue et riche investigation) à recueillir auprès d’"un bon connaisseur du PS" la révélation (exclusive) que Marie-Ségolène Royal "attend pour son parti une branlée aux européennes".)

Val(taire) s’en félicite : "Heureusement", écrit-il, que nous avons (tout de même) des "bons journalistes", pour sauver l’honneur de la presse - parce que, tu sais quoi ?

"Ce n’est pas cette clique d’aigris qui confond désormais le journalisme avec la critique des médias et de la production du big boss de Charlie Hebdo qui va redorer le blason du métier".

Ne ris pas, s’il te plaît : je n’aime pas qu’on se moque d’un psychiatre fameux [1].


[1] Val(taire), qui n’aime pas (et comme on le comprend) les conspirationnistes, devine pour finir que "les accusations portées contre" Le Canard enchaîné pourraient bien relever d’une espèce de cabale anti-"journaux indépendants", car, énonce-t-il (sans rire) : "On peut quand même remarquer que les deux journaux qui font l’objet des attaques récentes les plus massives sont Le Canard et Charlie ". Et là, oui : tu peux rire.

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